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04/06/2019

« Le monde de la culture doit s’ouvrir au financement privé »

Diplômée du MBA Management culturel de l’EAC, Elsa Vautrain est actuellement administratrice du théâtre Marigny. Elle nous livre son expérience du métier. L’année prochaine, elle sera également enseignante à l’EAC.

En quoi consiste le métier d’administrateur ou d’administratrice de théâtre ?

 

Dans la culture, les métiers varient beaucoup en fonction des lieux. Au théâtre Marigny, être administratrice est un poste pivot qui permet d’aborder beaucoup de problématiques intéressantes, à la fois les questions budgétaires, les problématiques de ressources humaines, les relations extérieures (recherche de financements et de partenariats), enfin les affaires juridiques.

 

Dans le cadre de mon métier d’expert-comptable et de commissaire aux comptes spécialisée dans la sphère culturelle, j’intervenais dans différentes structures parisiennes. Je travaillais notamment pour le théâtre des Champs-Élysées, et pour le théâtre du Châtelet. En parallèle, j’avais une activité de production : j’accompagnais des artistes dans le management de leurs projets artistiques, et j’accompagnais également des projets de festivals. Je faisais aussi beaucoup de conseil en recherche de fonds pour financer des projets artistiques et culturels. Or, ce poste d’administrateur m’a permis de conjuguer ces deux activités, une que je menais en tant que salariée et l’autre en tant qu’indépendante. Ce métier me permet de m’épanouir pleinement car dans un même poste je peux exercer ma double compétence.

 

Pourquoi avez-vous choisi d’effectuer un MBA à l’EAC ?

 

J’ai fait le MBA Management culturel de l’EAC quand j’avais environ vingt-six ans. J’avais déjà lancé un album par exemple, je faisais déjà du management, mais j’ai voulu développer mes compétences. C’est à partir du moment où j’ai fait l’EAC que j’ai fait de la production de festival par exemple. La production dans le cadre d’un festival consiste à le créer de A à Z : il faut trouver des partenaires, faire la programmation, gérer la logistique, etc. C’est pourquoi pour ce faire, on a besoin de compétences transverses. A l’EAC, j’ai acquis des outils. L’EAC m’a également permis de me constituer un réseau dans le milieu culturel, m’a formé sur les enjeux actuels qui animent le secteur de la culture, et m’a donné une solide culture générale dans le domaine de l’art et de la culture.

 

On a tendance à croire quand on est étudiant que les métiers de la culture sont des « métiers plaisir », mais en fait ce sont des métiers très exigeants, des métiers de spécialistes. Il faut développer sa passion pour la culture, la cultiver, mais en plus développer des compétences solides. C’est cela qui permet de faire la différence. Par exemple, c’est parce que j’ai une compétence forte, un diplôme d’expert-comptable, que j’ai pu démarrer dans ce secteur. Mais il m’a fallu développer de multiples autres compétences : juridiques, faire du management, des relations extérieures, de la diffusion, être polyglotte, etc. Dans la culture, on continue à se former tout au long de sa carrière.

Pourquoi avoir voulu devenir administratrice de théâtre ?

Dans le cadre de mon métier d’expert-comptable et de commissaire aux comptes spécialisée dans la sphère culturelle, j’intervenais dans différentes structures parisiennes. Je travaillais notamment pour le théâtre des Champs-Élysées, et pour le théâtre du Châtelet. En parallèle, j’avais une activité de production : j’accompagnais des artistes dans le management de leurs projets artistiques, et j’accompagnais également des projets de festivals. Je faisais aussi beaucoup de conseil en recherche de fonds pour financer des projets artistiques et culturels. Or, ce poste d’administrateur m’a permis de conjuguer ces deux activités, une que je menais en tant que salariée et l’autre en tant qu’indépendante. Ce métier me permet de m’épanouir pleinement car dans un même poste je peux exercer ma double compétence.

 

Quels sont les enjeux du secteur ?

Je suis devenue expert-comptable en faisant une thèse professionnelle sur les nouveaux modes de financement de la culture. Aujourd’hui, le secteur culturel en France connaît une mutation. Comment financer la culture dans un contexte économique de baisse des financements publics ? Traditionnellement, le financement de la culture s’appuie sur une structure étatique. Or aujourd’hui, l’État a de moins en moins d’argent. Les Français ont une conception de la culture financée par l’Etat, les gens ont l’habitude d’aller voir des spectacles gratuits, et les établissements ont l’habitude de recevoir de l’argent public. C’est pourquoi en France, les mécènes donnent peu d’argent pour soutenir la création. Il faut donc que le monde de la culture se prépare à cela.

 

C’est pour tirer la sonnette d’alarme que je suis déléguée au Mécénat de l’Institut des diplômés d’expertise comptable en entreprise (ECE). Les experts-comptables ont une action d’intérêt général à mener. C’est reconnu dans les textes. Pour moi, cet intérêt général passe par le sujet du financement de la culture. Parce que nos clients sont des structures culturelles, nous devons les responsabiliser et les sensibiliser à de nouveaux modes de financement. Je souhaite montrer le rôle des experts comptables dans l’accompagnement de cette transition pour défendre la création culturelle en France.

 

Au théâtre Marigny, c’est simple, nous n’avons pas d’aides publiques. Nous devons donc trouver, par la programmation, le moyen d’être autonomes financièrement. Avant de devenir Directeur général du Théâtre Marigny, Jean-Luc Choplin faisait déjà appel à de nouveaux modes de financement au théâtre du Châtelet. Quand on regarde, il y a peu de théâtres qui sont dans cette situation. On entend beaucoup parler du développement du mécénat et des fonds propres, des partenariats public-privé, mais en France nous sommes encore dans un système de financement public de la culture, et les initiatives en faveur de l’introduction de nouveaux modes de financement de la culture sont timides.

 

Quelle sont, selon vous, les principales qualités pour être un bon administrateur ou une bonne administratrice de théâtre ?

 

Un bon administrateur de théâtre est avant tout une personne connectée à l’actualité. Pour avoir une bonne gestion, il faut être capable d’anticiper, et pour être capable d’anticiper, il faut connaître les textes juridiques, être très au courant de la manière dont on gère une équipe, à la fois sur les questions de management, et sur les questions de ressources humaines et juridiques.

 

D’autre part, c’est un métier qui requiert de rester créatif. Une manière de le faire est de garder aussi des projets en tant qu’indépendant, car quand on travaille dans un lieu, on s’y enferme, on reste dans ce confort. Pour ma part, j’aime continuer à avoir aussi des projets en-dehors du théâtre Marigny. Par exemple, je suis directrice d’une société de production, Totem, avec un associé, qui lui y travaille à temps plein. Nous produisons essentiellement des festivals, et nous gérons aussi des carrières d’artistes en tant que managers d’artistes. Nous avons par exemple travaillé avec le Trio Cavalcade avec Mathias Duplessy, Jérémy Jouve et Prabhu Edouard qui a collaboré avec Jordi Savall et Magik Malik.

 

Vous allez enseigner à l’EAC l’année prochaine. Est-ce que transmettre est quelque chose d’important quand on travaille dans la culture ?

 

Je vais avoir la chance d’enseigner à l’EAC l’année prochaine pour des étudiants en mastère. Je donnerai un cours de deuxième année de Mastère Management culturel sur les stratégies économiques de programmation nationale et internationale, un cours sur les stratégies de financement public et privé, et un cours de première année de mastère sur les stratégies de diffusion. Transmettre est quelque chose de fondamental. Au-delà du contenu du cours, il faut porter un message fort aux étudiants. Pour travailler dans ce milieu-là, il faut s’accrocher. Lorsqu’on fait les bonnes expériences, quand on rencontre les bonnes personnes et surtout lorsqu’on développe de la curiosité pour le milieu culturel pendant la période des études, beaucoup de portes peuvent s’ouvrir. J’ai envie d’enseigner aux étudiants de l’EAC surtout pour leur dire cela.

 

Auriez-vous un conseil de lecture d’été pour nos étudiants ?

 

Je recommande la lecture de l’ouvrage de Marie-Astrid Le Theule : Passeurs de créations, gestionnaire des organisations culturelles, (2010).

 

 

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